Mahnoor se tient avec assurance devant ses camarades de classe à l’université et fait son exposé. À 20 ans, elle poursuit son rêve de devenir gynécologue et de gagner sa vie pour financer ses études.

Son parcours jusqu’à la tribune de la salle de cours n’a pas été sans embûches. Mahnoor a grandi dans une famille modeste à Hyderabad. Son père est décédé alors qu’elle était encore très jeune, la laissant, elle et sa mère, à la merci des hommes de la famille, qui se montraient réticents à les aider. Mahnoor a subi une forte pression pour se taire et cacher ses rêves. Privée d’un soutien financier et affectif suffisant, elle a grandi dans la peur et l’angoisse.

SURMONTER L’ADVERSITÉ

Mahnoor est déterminée à devenir médecin, un rêve qu’elle partage avec sa mère. Elle est à mi-parcours de son cursus scientifique et prévoit d’intégrer une école de médecine après l’obtention de son diplôme afin de devenir gynécologue.

Pendant longtemps, ce rêve semblait hors de portée. Au Pakistan, de nombreuses filles sont contraintes d’abandonner l’école dès leur plus jeune âge, car leurs familles n’ont pas les moyens de payer les frais de scolarité ou ne soutiennent pas l’éducation des filles, s’attendant plutôt à ce qu’elles restent à la maison. Le Fonds Malala estime que 12 millions de filles ne sont pas scolarisées au Pakistan, et que seules 13 % d’entre elles atteignent la 3e.

Les difficultés financières auxquelles elle et sa mère ont été confrontées après le décès de son père n’ont fait qu’aggraver la situation. Mahnoor et sa mère devaient souvent se passer de produits de première nécessité et vivaient dans une incertitude constante quant à leur avenir. Le poids émotionnel lié au sentiment de ne pas être soutenue et d’être isolée empêchait Mahnoor de se concentrer sur ses études et son épanouissement.

« Je n’avais pas le droit de dire quoi que ce soit parce que j’étais petite. Comme j’étais une fille, je n’avais pas le droit de sortir. »
- – Mahnoor, ancienne participante au programme Right To Play

« Nous ne recevions aucune aide financière de qui que ce soit. Personne ne prenait ma défense. J’ai compris que je devais tout affronter toute seule », raconte-t-elle.

Lorsque Shamim, un coach formé dans le cadre du programme « What Works 1 » de Right To Play, est arrivé dans son école, les choses ont commencé à changer. Financé par UK International Development, le programme « What Works 1 » s’est déroulé de 2015 à 2018 et a permis de réduire la discrimination de genre et le harcèlement en formant des enseignants et des coaches bénévoles à créer des environnements d’apprentissage inclusifs et à briser les barrières de genre par le jeu.

Le programme a été mis en œuvre dans 40 écoles d’Hyderabad. À l’issue du programme, un essai contrôlé randomisé a révélé des progrès significatifs : le harcèlement entre pairs chez les garçons a baissé de 33 %, tandis que chez les filles, la réduction était encore plus marquée, atteignant 59 %. Le programme a également eu un impact considérable sur la réduction des châtiments corporels à l’école : les cas de discipline physique subis par les enfants ont diminué de 45 % chez les garçons et de 66 % chez les filles.

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Mahnoor anime des activités ludiques avec de jeunes élèves, comme celles auxquelles elle participait en tant que « Junior Leader » en 2015.

UN NOUVEAU CHAPITRE

Mahnoor était en cinquième lorsqu’elle a rencontré Shamim, qui a remarqué qu’elle était très discrète, qu’elle ne répondait pas aux questions en classe et ne participait pas aux activités. « Mahnoor manquait de confiance en elle, alors j’ai commencé à lui confier de petites responsabilités pour renforcer son assurance, afin qu’elle puisse aller de l’avant », se souvient Shamim.

Mahnoor adorait les activités que la coach Shamim proposait en classe. Elles lui ont montré comment exprimer ses émotions. Elle se sentait forte et sûre d’elle dans sa façon de communiquer. L’un de ses jeux préférés était « Colère et peur », qui apprenait aux élèves à maîtriser leur colère et leur peur, et à se protéger contre la violence.

« Je manquais de confiance en moi à cause de la pression que subissais à la maison. La coach Shamim a organisé de nombreuses activités avec nous dans le cadre du programme Right To Play, et c’est là que j’ai pris confiance en moi », explique-t-elle.

Mahnoor a mis ces compétences en pratique lors d’un incident effrayant survenu un jour alors qu’elle rentrait de l’école. Un groupe d’hommes s’était rassemblé près de l’école pour tenter d’enlever des élèves de sexe féminin. Grâce aux compétences acquises dans le cadre de l’activité « Colère et peur », elle a pu rester calme, évaluer la situation et utiliser les techniques d’autodéfense qu’elle avait pratiquées pour échapper à cette situation terrifiante et courir chez elle.

« Lorsque les enfants, en particulier les filles, se sentent en sécurité, ils ont davantage tendance à avoir confiance en eux. »
- - Shamim, coach

« Je pense que ces techniques d’autodéfense ont été acquises grâce à sa participation aux jeux de Right To Play », a déclaré la mère de Mahnoor dans un témoignage vidéo tourné après l’incident.

Mahnoor a été bouleversée par cette expérience, mais elle était déterminée à ne pas laisser sa peur l’empêcher d’aller à l’école. Avec le soutien de sa mère, de la coach Shamim et de ses camarades, elle y est retournée. Au bout de quelques mois, elle est devenue « Junior Leader » et a commencé à aider la coach Shamim à animer des activités ludiques et de leadership auprès des plus jeunes élèves de sexe féminin. Elle a également parlé ouvertement avec elles de sa propre expérience et de la manière dont elle avait surmonté ses peurs.

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Images d’archives montrant Mahnoor participant à une activité ludique du programme « What Works 1 ».

MAHNOOR AUJOURD’HUI

Pour l’avenir, Mahnoor est déterminée à poursuivre ses études et à réaliser son rêve de devenir médecin. Elle a terminé ses études secondaires et prépare actuellement une licence en sciences avant d’intégrer la faculté de médecine.

Elle est animée par le désir d’avoir un impact positif sur sa communauté et de fournir des services de santé indispensables, en particulier aux filles et aux femmes.

« J’ai appris à aller vers les autres et aujourd’hui, je m’engage pour réaliser mes rêves », explique-t-elle. « Je prends mes propres décisions concernant mes études et je suis autonome financièrement. »

Mahnoor est convaincue qu’avec un soutien et des opportunités adaptés, les filles peuvent progresser dans tous les domaines et réaliser leurs rêves. « Je voudrais dire aux filles de prendre confiance en elles et d’oser se montrer aux autres. Elles ne doivent pas se sentir sous pression. Elles peuvent progresser dans tous les domaines de la vie. »